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Victor Hugo, le combat des mots...

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le combat des mots   ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------


Un combattant des mots. Je ne connais personne à qui ce qualificatif convienne mieux qu'à Hugo. Partout, dans son bureau, dans la rue, dans les salons, à la tribune de l'Assemblée, même en exil, le grand écrivain ne pouvait se taire, il ne pouvait s'empêcher d'écrire. Aucune menace ne put jamais réduire au silence cette voix qui s'élevait pour la justice. Aucun des maux de ce monde, la pauvreté, l'injustice, le manque de liberté de la presse, l'inégalité des droits politiques, la peine de mort, n'échappèrent à ses yeux de justicier.
Le silence est d'or et l'éloquence est d'argent. Comme pour les sages athéniens, les mots étaient pour Hugo la meilleure des armes, celle qui permettait à l'homme de révéler sa valeur d'être humain, et il utilisa cette arme au maximum. Il restera un combattant du verbe exceptionnel dans l'histoire de l'humanité.

Chez Hugo brille avec éclat cette émotion intense que l'esprit de l'homme moderne, affaibli, a peu à peu perdue.
La force de la volonté qui existe dans Les Misérables ancrée comme un roc, cette force de l'écrivain qui n'a jamais cessé de se diriger vers le bien secoue mon âme encore aujourd'hui...

Daisaku IKEDA  Fondateur de la Maison Littéraire de Victor Hugo 
 

Victor HUGO (Poème 1877) ---------------------

Tout rayonne, tout luit, tout aime, tout est doux ; 
Les oiseaux semblent d'air et de lumière fous ; 
L'âme dans l'infini croit voir un grand sourire. 
À quoi bon exiler, rois ? A quoi bon proscrire ? 
Proscrivez-vous l'été ? M'exilez-vous des fleurs ? 
Pouvez-vous empêcher les souffles, les chaleurs, 
Les clartés, d'être là, sans joug, sans fin, sans nombre, 
Et de me faire fête, à moi banni, dans l'ombre ? 
Pouvez-vous m'amoindrir les grands flots haletants, 
L'océan, la joyeuse écume, le printemps 
Jetant les parfums comme un prodigue en démence, 
Et m'ôter un rayon de ce soleil immense ? 
Non. Et je vous pardonne. Allez, trônez, vivez, 

Et tâchez d'être rois longtemps, si vous pouvez. 
Moi, pendant ce temps-là, je maraude, et je cueille, 
Comme vous un empire, un brin de chèvrefeuille, 
Et je l'emporte, ayant pour conquête une fleur. 
Quand, au-dessus de moi, dans l'arbre, un querelleur, 
Un mâle, cherche noise à sa douce femelle, 
Ce n'est pas mon affaire et pourtant je m'en mêle,

 

Je dis : Paix là, messieurs les oiseaux dans les bois !
Je les réconcilie avec ma grosse voix ;
Un peu de peur qu'on fait aux amants les rapproche.
Je n'ai point de ruisseau, de torrent, ni de roche ; 
Mon gazon est étroit, et, tout près de la mer, 
Mon bassin n'est pas grand, mais il n'est pas amer. 
Ce coin de terre est humble et me plaît ; car l'espace 
Est sur ma tête, et l'astre y brille, et l'aigle y passe, 
Et le vaste Borée y plane éperdument. 
Ce parterre modeste et ce haut firmament 
Sont à moi ; ces bouquets, ces feuillages, cette herbe 
M'aiment, et je sens croître en moi l'oubli superbe. 
Je voudrais bien savoir comment je m'y prendrais 

Pour me souvenir, moi l'hôte de ces forêts 
Qu'il est quelqu'un, là-bas, au loin, sur cette terre, 
Qui s'amuse à proscrire, et règne, et fait la guerre, 
Puisque je suis là seul devant l'immensité, 
Et puisqu'ayant sur moi le profond ciel d'été 
Où le vent souffle avec la douceur d'une lyre, 
J'entends dans le jardin les petits enfants rirent... 

 

-------------------------------------------------------   Victor HUGO  Fragment de notes 

"La nature procède par contrastes. C'est par les oppositions qu'elle fait saillir les objets. 
C'est par leurs contraires qu'elle fait sentir les choses, le
 jour par la nuit, le chaud par le froid, etc.; toute clarté fait ombre. De là le relief, le contour, la proportion, le rapport, la réalité. 
La création, la vie, le destin, ne sont pour l'homme qu'un immense clair-obscur. 
Le poète, ce philosophe du concret et ce peintre de l'abstrait, le poète, ce penseur
 suprême, doit faire comme la nature. Procéder par contrastes. Soit qu'il peigne l'âme humaine, soit qu'il peigne le monde extérieur, il doit opposer partout l'ombre à la lumière, le vrai invisible au réel visible, l'esprit à la matière, la matière à l'esprit; rendre le tout, qui est la création, sensible à la partie, qui est l'homme, aussi bien par le choc brusque des différences que par la rencontre harmonieuse des nuances. 
Cette confrontation perpétuelle des choses avec leurs contraires, pour la poésie comme pour la création, c'est la vie."

(Extrait de Tas de pierres, in Post-scriptum de ma vie, recueil de notes jetées au hasard par Hugo, de 1825 à 1880, sur des carnets et des bouts de papier et regroupées par son ami Paul Meurice en 1901 ; ce fragment date sans doute des années 1840-1844.)

 
 

 

 

 

 

Catégorie: LITTERATURE
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